Par Hadi Sraïeb : Coronavirus – La sidération face à la crise n’a d’égal que l’absence d’anticipation !‎

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La communauté scientifique tunisienne qui compte d’éminents spécialistes n’a jamais eu vraiment voix au chapitre. Ses alertes récurrentes n’ont jamais eu le moindre effet sur les politiques sanitaires conduites depuis plus de 3 décennies. L’adhésion du pays aux logiques multiples mais unifiées de la globalisation-mondialisation a eu des effets perfides et préjudiciables pour l’ensemble de la communauté nationale, il est vrai de manière différenciée selon les appartenances aux diverses couches sociales. De proche en proche et au fil des années, les gouvernements successifs ont transformé tout le fragile système sanitaire et son chainage (Médecine hospitalière / Médecine de ville / Pharmacie Centrale) hérité des premières décennies d’indépendance, en un nouvel agencement hétérogène et disparate de structures décentralisées et sans liens organiques entre-elles où prédominent les exigences de rationalisation de la dépense, et de rentabilisation des investissements dans le domaine de la santé!

Les maîtres mots, n’en déplaise aux chantres de cette mondialisation, ont bel et bien été : économies, côté public, valorisation marchande de la santé, côté privé. Une évolution aux multiples facettes qui se condense en une formule simple : Une santé à deux vitesses (fuite des compétences hospitalières vers le privé, marginalisation de la pharmacie centrale et de ses satellites, prolifération des structures privées sur toute la chaine sanitaire du médicament aux soins). Bien sûr le pays n’a pas été le seul à prendre cette direction. Il a suivi de manière mimétique et sans la moindre hésitation ou scrupule ce qui se faisait de l’autre côté de la Méditerranée, aidé en cela par les bailleurs de fonds internationaux zélateurs du consensus de Washington

La révolution et son changement de régime n’ont rien changé à la chose.

Le dernier gouvernement en date est pris de court. Il est dans le même état de désarroi que celui de ces voisins du Nord et s’expose aux mêmes conséquences dramatiques et tragiques inexorablement.

Comme partout ailleurs dans les économies occidentales: le temps sanitaire (submersion des moyens devant la  propagation pandémique), n’est pas le temps scientifique (lenteur des réponses préventives et curatives), qui n’est pas à son tour le temps politique (adéquation des réponses sociales et économiques). Force est de constater que ce dernier court loin derrière les deux autres, là encore inéluctablement !

Une impuissance pour ne pas dire une déroute de l’Etat et de son nouveau gouvernement à qui échoient les inconséquences irrémédiables dues aux incohérences coupables des gouvernements précédents

Fort heureusement, et comme dit le proverbe « à quelque chose malheur est bon », de brillants esprits, dont on ne peut citer les noms, font preuve d’une imagination pertinente et lucide quant à la manière d’enrayer la propagation et de contenir ses effets dévastateurs au plan social. Seront-ils seulement entendus ?

Si le plan d’urgence financier adossé aux mesures de confinement, de barrières de distanciation et de règles d’hygiène préventives ne semble pas soulever d’objections majeures, ces personnalités venant d’horizons différents s’accordent pour mettre en exergue ce qui va être déterminant dans les prochaines semaines, à savoir : « la solidarité » sous toutes ses formes possibles voire même celles impensées jusqu’ici !

En effet ce sont les conditions et les modalités de la mise en œuvre des dispositions retenues qui font l’objet, avec nous-même, de leur questionnement. Les contradictions inhérentes à ce type d’urgence inédite, mais aussi celles liées au fonctionnement propre de l’Etat doivent faire l’objet d’une attention redoublée.

Le gouvernement doit redéployer les effectifs de ses administrations centrales comme gouvernorales au plus près des administrés afin d’éviter des retards dommageables ou de formations d’attroupements spontanés injustifiés. La réquisition exceptionnelle de personnels, en accord avec l’UGTT doit pouvoir réduire nombre de difficultés. Le mot d’ordre pourrait être en la circonstance « déconcentration » des ressources disponibles en vue d’une plus grande capillarité et d’une vitesse accrue de réponses adéquates.

Il ne faut, en effet, pas perdre de vue que se greffe, -sur cette épidémie incontrôlable faute d’anticipation-, une crise sociale diffuse sur l’ensemble du territoire : celle de la précarité. Une précarité qui n’est pas celle uniquement des indigents, mais aussi celle de ces centaines de milliers qui survivent dans l’informel !

Il convient donc d’imaginer des « formules ambulatoires » au plus près des citoyens les plus exposés comme les plus démunis. Des populations qui ne se trouvent pas uniquement en milieu rural mais au cœur même des cités urbaines du littoral. Plus facile à dire qu’à faire, il faut bien en convenir ! Toutefois les signes avant-coureurs observés à l’étranger comme dans le pays, de rapines, pillages et autres exactions devraient alerter les autorités. Une réponse coercitive et répressive ne pourrait qu’aggraver les choses et sait-on jamais, déchainer des forces incendiaires incontrôlables !

Les pouvoirs pourraient mettre sur pied une « banque alimentaire » (à l’instar des USA ou des restau du cœur en France) dotée de structures locales citoyennes mais encadrées qui permettrait de fournir quotidiennement le panier de survie comprenant les biens alimentaires mais aussi d’hygiène de première nécessité. Il n’y a pas bien évidemment que les plus démunis qu’il faut secourir même si cela est une priorité. Il y a aussi les cohortes successives au fil des semaines de salariés qui vont perdre leur emploi.

Le gouvernement s’est engagé via diverses formules, mais relativement orthodoxes, à soutenir les entreprises en difficulté (moratoire, rééchelonnement, délai de grâce, garantie de l’Etat, bonification d’intérêt) mais aussi d’indemnisation partielle du chômage. Une prise en charge dont ni les conditions ni les modalités ne sont véritablement arrêtées. Une fois encore le gouvernement tarde au risque d’être submergé. Les personnalités que nous avons évoquées plus haut, et dont nous partageons les attendus comme les objectifs, toujours inaudibles, insistent sur une plus grande implication de la Banque Centrale.

Celle-ci, -et tout le système bancaire dans sa foulée-, doit changer ses priorités et par là même inverser ses choix de politique, monétaire, financière et de change. Les priorités ne sont plus à la stabilité économique et à la lutte contre l’inflation, mais au soutien à l’économie et à la lutte contre le sous-emploi massif qui se profile à l’horizon. Dans leur très grande majorité les pays conscients de l’effondrement qui s’annonce vont consacrer 8 à 10% de leur PIB à la lutte contre cette inexorable récession. A l’évidence, le seul budget de l’Etat tunisien ni suffira pas. Trouver 4 Milliards de DT sans l’apport de la BCT… est mission impossible !

Battu en brèche durant des décennies par les monétaristes friedmaniens, les keynésiens devraient retrouver une seconde jeunesse. Le gouverneur serait bien avisé de méditer cette boutade métaphorique de Keynes qui préconisait « d’enterrer des bouteilles remplies de billets qui seraient par la suite déterrées par des chômeurs pour retrouver le plein emploi »…

Hadi Sraieb Docteur d’Etat en économie du développement

 

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tunisienumerique

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