Par Anis Marrakchi – Tunisie : Les décisions doivent être rapides et décisives, loin des guidelines passées‎

Après le premier article, « Attention ! La Tunisie n'est pas l'Europe », le polytechnicien tunisien, Anis Marrakchi connu par ses analyses percutantes a rĂ©agi Ă  travers cette nouvelle analys…

Après le premier article, « Attention ! La Tunisie n’est pas l’Europe », le polytechnicien tunisien, Anis Marrakchi connu par ses analyses percutantes a réagi à travers cette nouvelle analyse par rapport à la gestion tunisienne de l’épidémie du Coronavirus.

À part si le coronavirus s’avère être saisonnier, il n’arrêtera pas de se propager tant qu’il n’y a pas de vaccins ou que 50% à 60% d’une population ne le contractent (immunité collective). La production de masse d’un vaccin et sa distribution globale demanderait encore 12 à 18 mois.

Que faire entretemps ?
Les pays développés vont probablement se diriger vers un confinement par intermittence: on confine quand le nombre de cas monte, on déconfine quand il baisse, en reconfine quand il remonte, etc.
Et cette stratégie pourrait durer jusqu’à ce qu’un vaccin soit prêt et produit massivement. Au-delà de la reprise post-corona, cette stratégie n’est viable qu’à deux conditions :
1- Que le pays puisse maintenir sa production et distribution des biens essentiels (produits alimentaires, produits d’hygiène, logement, services de TIC, produits d’utilisation courante, etc.)
2- Que le pays est capable de compenser, au moins en partie, les revenus de ceux qui n’ont pas ou plus
À défaut de ces deux conditions, le confinement devient très rapidement pour certains citoyens un choix entre attraper le virus et mourir de faim. Le coût économique et en vies humaines serait immense et dépasserait de loin ce que causerait le Coronavirus. Sachant que le confinement se superpose à l’effondrement du tourisme et du commerce international (fourniture en intrants et exports).
Si la Tunisie est capable théoriquement d’assurer la première condition, elle est incapable d’assurer la seconde au-delà d’une période très brève. Même dans le meilleur des temps, la Tunisie n’a pas d’espace fiscal (ie, une capacité à dégager un budget supplémentaire pour accroitre ses dépenses). Avec cette épidémie, son espace fiscal est encore plus rétréci (plus d’accès au crédit, baisse de la capacité des autres pays à aider, baisse drastique des recettes de l’État).

Il n’y a donc aucun moyen réaliste pour faire respecter ou imposer un confinement en Tunisie sur la période de temps requise.

Essayer de le faire serait en soi une catastrophe Ă©conomique et sanitaire.

Pour les pays pauvres et/ou sans espace fiscal, cette crise devient un arbitrage morbide entre morts liées au coronavirus et morts liées à un effondrement économique.

Aujourd’hui, le consensus des économistes pour les pays comme la Tunisie se dirige vers d’autres types de mesures, à même de minimiser le coût en vies humaines  :
1- Un confinement extrêmement strict et ciblé sur l’ensemble de la population fragile (personnes âgées, morbidités)
2- Une stratégie de testing large sur le reste de la population qui implique de procéder à un grand nombre de test au hasard et d’également de cibler les potentiels foyers largement
3- Un confinement strict des Covid+
4- Une distribution directe d’argent aux populations les plus économiquement fragiles et qui perdent leur emploi (y compris s’il faut financer cela avec de la création monétaire ponctuelle)
5- Soutenir la liquidité des entreprises les plus fragiles à travers des reports d’impôts, le gel des remboursements bancaires, et de l’injection directe d’argent (y compris s’il faut financer cela avec de la création monétaire ponctuelle)

Il ne fait plus de doute que cette crise sera l’une des pires de l’histoire de la Tunisie. Il ne fait également aucun doute que les décisions qui seront prises auront une très grande influence sur l’étendue de la crise, la reprise qui suivra, et le nombre de morts (que ce soit du virus ou de la dégradation économique).

Aucun gouvernement tunisien moderne n’a eu autant de responsabilités. Les décisions aujourd’hui, plus qu’à n’importe quel autre moment, doivent être éclairées et informées, doivent dépasser les intérêts des uns et des autres, doivent être rapides et décisives, et ne plus se focaliser sur les guidelines passées (comme la maîtrise de l’inflation).

 

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Source
tunisienumerique

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