La superposition de plusieurs facteurs liés à l’âge, aux inégalités et aux normes sociales expose les femmes à la violence selon une étude d'OXFAM‎

Il existe plusieurs facteurs qui conduisent à l’engagement des Tunisiennes dans l’extrémisme souligne l'ONG.…


Facebook/Oxfam tunisie

“La superposition de plusieurs facteurs liés à l’âge, à la marginalisation, aux inégalités et aux normes sociales expose les jeunes à la violence et les rend facilement identifiables par les groupes extrémistes”, a souligné, vendredi, Soufia Galand, chargée de Programme Maghreb à l’organisation OXFAM.

En marge d’une conférence organisée à Tunis pour présenter les résultats d’une étude réalisée par ONU Femmes et OXFAM intitulée “penser le genre dans les réponses à l’extrémisme violent en Tunisie (enjeux conceptuels, état des lieux, pistes d’action)”, l’intervenante a souligné qu’il existe plusieurs facteurs qui conduisent à l’engagement des Tunisiennes dans l’extrémisme comme le contexte du pays, la corruption, le chômage, l’inégalité socioéconomique, la discrimination, la localisation géographique, l’exclusion des femmes au sein de la communauté, les réseaux sociaux et les associations à visée idéologique, les communautés en ligne et l’accès à l’armement, outre les incitations matérielles, le goût du risque et de l’aventure.


Soufia Galand a précisé que l’étude a été menée à travers l’organisation de 48 entretiens individuels avec les parties prenantes (organisations gouvernementales, non gouvernementales, centres académiques..), 12 discussions de groupes conduites à Douar Hicher et à Médenine en février 2018 et cinq ateliers de restitution et consultation à Tunis, Beyrouth, Paris et Nairobi avec des experts, des chercheurs et des représentants gouvernementaux.


Elle a, par ailleurs, signalé que l’obstacle majeur de cette étude est l’impossibilité d’une observation directe et d’une analyse des profils radicalisés vu que pour obtenir la confiance de personnes et pouvoir conduire des entretiens avec elles il faut plusieurs mois de familiarisation.


Intervenant à cette occasion, Mokhtar Ben Nasr, président de la commission nationale de lutte contre le terrorisme a souligné l’importance du rôle de la femme dans la prévention de l’extrémisme, indiquant que les mutations sociales et l’invasion des nouvelles technologiques ont renforcé l’isolement des jeunes et multiplié le risque d’exposition aux dangers des groupes terroristes à travers l’espace cybernétique.


Dans ce contexte, Ben Nasr a estimé que la femme est la principale victime du terrorisme puisqu’en tant que mère, épouse ou sœur, elle perd chaque fois quelqu’un de très proche, soulignant qu’elle est, en même temps, la personne qui peut contribuer à lutter contre ce fléau en interceptant les changements de comportements de ses enfants ou de ses proches et en renforçant leur éducation.


Pour sa part, Diego Zorrilla, Coordonnateur Résident du Système des Nations unies en Tunisie a souligné l’engagement onusien à la promotion des droits des femmes, estimant que la Tunisie a fait énormément de progrès aux niveaux institutionnel et législatif mais la réalisation des acquis demeure, selon lui, un combat de tous les jours.


Il a, en outre, fait remarquer qu’une étude a montré que la participation politique des femmes dans les structures de décision contribue de façon exponentielle à la réduction des conflits dans les sociétés.


Il a ajouté que le système des Nations Unies appuie la Tunisie dans la mise en œuvre de sa stratégie nationale de lutte contre le terrorisme à travers le renforcement des capacités et le soutien dans la réalisation des études capables de mieux cerner le phénomène pour mieux le prévenir.


Dans son intervention, Mohamed Ali Khaldi, représentant du ministère de l’intérieur a, quant à lui, fait savoir qu’il existe aujourd’hui 4000 femmes dans les différents corps des services de sécurité dont une trentaine occupent des postes de décision.


Il a ajouté qu’en application aux dispositions de la loi intégrale sur l’élimination de la violence faite aux femmes, le ministère de l’intérieur a créé 127 brigades réparties sur l’ensemble du pays. 38% du personnel de ces équipes sont des femmes et 12,5% sont des chefs de brigades.


Par ailleurs, Anis Dalhoumi, chef de cabinet au ministère de la femme, de la famille et des seniors a mis l’accent sur l’importance de bien étudier le phénomène de l’extrémisme pour bien orienter les actions de prévention.


Dalhoumi a rappelé que le ministère a mis en œuvre plusieurs stratégies pour renforcer les capacités et l’autonomisation économique des femmes et lutter contre l’abandon scolaire pour améliorer leur inclusion sociale, outre le renforcement du dispositif législatif et l’élaboration d’un plan d’action pour l’application de la résolution 1325 des Nations unies adoptée par la Tunisie en août dernier et qui reconnait le rôle des femmes dans le maintien de la paix.
Hela Gharbi, directrice d’OXFAM en Tunisie, a indiqué que la question du genre est essentielle dans la compréhension de l’extrémisme violent associé généralement en Tunisie par l’opinion publique à une jeunesse surtout masculine marginalisée socialement, culturellement et économiquement.


“La présente étude vise à interroger ces stéréotypes pour comprendre comment les constructions sociales de masculinité et féminité au sein de la société tunisienne influencent les phénomènes d’adhésion aux groupes et mouvements violents”, a-t-elle dit indiquant qu’il devient donc possible de repenser les réponses à cette adhésion, aussi bien les approches sécuritaires que préventives pour comprendre les effets des choix politiques sur la position des femmes dans la société.


L’étude comporte une série de recommandations comme la mise en œuvre d’un plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité, la sensibilisation des hommes et des femmes présents dans les institutions nationales et locales et l’adaptation des mesures spécifiques pour faciliter l’intégration des femmes dans les forces de défense et de sécurité.


Il s’agit, également, de la formation et du soutien financier et technique des organisations féminines, l’identification et le recensement des réseaux de femmes et organisations féminines en Afrique de l’Ouest et du Nord, le renforcement des mécanismes de solidarité intra-communautaires, la mise en œuvre des unités d’aide psychosociale, la sensibilisation des parents et des jeunes aux risques d’internet et la création d’espaces de socialisation pour les jeunes.


L’étude recommande, également, le développement d’un plan de consultation et communication et la création d’un centre indépendant de réflexion autour de la question du positionnement relationnel entre les hommes et les femmes en Tunisie.

Categories
Source
huffpostmaghreb

Articles similaires

Back to top button
Close
Close