Afrique: Le Covid-19 frappe durement les pays producteurs de pétrole‎

Les gouvernements africains s’apprĂŞtent Ă  subir une baisse des revenus. Plusieurs projets d’exploration sont suspendus. Des milliers d’emplois locaux sont menacĂ©s si rien n’est fait.…

Les gouvernements africains s’apprĂŞtent Ă  subir une baisse des revenus. Plusieurs projets d’exploration sont suspendus. Des milliers d’emplois locaux sont menacĂ©s si rien n’est fait.

Alors que les effets à court terme du Covid-19 sur les économies mondiales se font déjà sentir et mettent des millions de personnes dans une situation précaire, ses effets à long terme restent encore inconnus.

En Afrique subsaharienne, l’impact se fera encore plus sentir car la pandĂ©mie est combinĂ©e Ă  un effondrement historique des prix du pĂ©trole, exerçant une pression sur les budgets des États et testant la rĂ©silience des sociĂ©tĂ©s Ă©nergĂ©tiques les plus puissantes du continent.

L’effet immĂ©diat du Covid-19 pour le secteur des hydrocarbures a Ă©tĂ© d’abord senti sur la demande de pĂ©trole brut et sur ses prix.

La plupart des analystes et des opérateurs conviennent maintenant que 2020 pourrait voir une croissance négative de la demande de pétrole dans le monde, alors que les industries ferment et que les pays du monde entier se confinent.

L’effet sur les prix a Ă©tĂ© dĂ©vastateur : ils ont atteint leur plus bas niveau depuis 1991 et se situent actuellement en dessous de 25 dollars le baril.

Pour l’Afrique, cela signifie une pression immĂ©diate sur les budgets des États et leur stabilitĂ© macroĂ©conomique. En dehors de l’Afrique du Sud, les plus grandes Ă©conomies du continent dĂ©pendent fortement des revenus pĂ©troliers pour alimenter le budget de l’État et les dĂ©penses publiques et assurer la stabilitĂ© macroĂ©conomique. Tous les producteurs d’Afrique subsaharienne avaient budgĂ©tisĂ© 2020 avec une rĂ©fĂ©rence pĂ©trolière bien supĂ©rieure Ă  50 dollars, de 51 dollars en GuinĂ©e Ă©quatoriale jusqu’à 57 dollars au Nigeria. Étant donnĂ© les prĂ©visions actuelles que les prix du pĂ©trole ne dĂ©passeront pas les 30 dollars pour le reste de l’annĂ©e, la plupart des budgets doivent ĂŞtre rĂ©ajustĂ©s et les dĂ©penses publiques doivent ĂŞtre considĂ©rablement rĂ©duites.

Selon le Conseil de l’Atlantique, les principaux producteurs africains pourraient s’attendre Ă  des pertes de plusieurs milliards de dollars de recettes publiques cette annĂ©e.

Le Congo-Brazzaville pourrait ĂŞtre le plus touchĂ©, avec une perte reprĂ©sentant 34% de son PIB, dans un pays oĂą le ratio dette / PIB est dĂ©jĂ  de l’ordre de 90%.

Il en va de mĂŞme pour l’Angola, oĂą le prix du pĂ©trole Ă  30 dollars entraĂ®nerait une perte de revenus de près de 13 milliards de dollars, soit 13% du PIB.

La GuinĂ©e Ă©quatoriale, le Gabon et le Tchad pourraient connaĂ®tre des pertes de près de 10% de leur PIB en raison de la crise actuelle. Le Nigeria subirait enfin le plus gros revers avec une perte de 15,4 milliards de dollars, toujours selon le Conseil de l’Atlantique. Si cela ne reprĂ©sentait que 4% de son PIB, l’impact sur les producteurs marginaux et les emplois locaux serait potentiellement dĂ©vastateur.

Les nouveaux producteurs subiraient également des pertes de revenus : au Ghana, le Centre africain pour la politique énergétique (ACEP) estime une perte de revenus potentielle de 53% à 743 millions de dollars au lieu des 1,567 milliard de dollars que le pays pensait recevoir cette année.

« Des milliers d’Africains et d’expatriĂ©s vont ĂŞtre licenciĂ©s dans les pays producteurs de pĂ©trole alors que les entreprises ferment leurs plates-formes de forage et les projets prĂ©vus. Nous devons faire face Ă  la rĂ©alitĂ© car ces temps sont sans prĂ©cĂ©dent. L’incertitude est encore plus frustrante pour les compagnies pĂ©trolières et les travailleurs. Pardonnez-moi, mais il y a du sang dans les rues, dans l’eau et l’air a le coronavirus », a dĂ©clarĂ© NJ Ayuk, prĂ©sident de la Chambre africaine de l’Ă©nergie et lobbyiste de l’industrie pĂ©trolière.

« Les pays producteurs de pĂ©trole doivent se rassembler et travailler avec le secteur privĂ© afin de nous sortir de la crise du Covid-19 et attĂ©nuer autant que possible les retombĂ©es Ă©conomiques. Lorsque les États-Unis et l’Europe parlent d’une rĂ©cession, la plupart des pays africains et nos concitoyens sont probablement dĂ©jĂ  entrĂ©s en dĂ©pression », a ajoutĂ© Ayuk.

Les effets Ă  long terme que le Covid-19 aura sur le secteur en Afrique dĂ©pendent de ce qui s’y passera cette annĂ©e. Les coupes dans les dĂ©penses d’exploration et l’annulation des plans de forage d’aujourd’hui pourraient potentiellement signifier des annĂ©es de retard dans les nouvelles dĂ©couvertes, le remplacement des rĂ©serves et la mise en production de nouveaux gisements.

Les plus grandes sociĂ©tĂ©s pĂ©trolières internationales opĂ©rant sur le continent rĂ©duisent dĂ©jĂ  toutes leurs dĂ©penses de 20% en moyenne dans le monde, ce qui devrait avoir un impact sur l’exploration et les projets en Afrique. Alors qu’ExxonMobil envisage plusieurs rĂ©ductions de dĂ©penses, Shell a dĂ©jĂ  annoncĂ© une rĂ©duction des coĂ»ts d’exploitation sous-jacents de 3 Ă  4 milliards de dollars et une rĂ©duction des dĂ©penses en capital de 5 milliards de dollars.

Le Capex organique de Total est rĂ©duit de plus de 3 milliards de dollars, ce qui reprĂ©sente 20% de ses dĂ©penses d’investissement prĂ©vues pour 2020. Chevron rĂ©duit Ă©galement les dĂ©penses en capital et d’exploration de 20%, entraĂ®nant notamment une rĂ©duction de 700 millions de dollars des projets et de l’exploration en amont.

Ces CPI devaient prendre d’importantes dĂ©cisions d’investissement finales cette annĂ©e ou dans un avenir proche sur des projets de plusieurs milliards de dollars en Afrique. Il s’agit notamment du projet Bonga Sud-Ouest de Shell, des projets Bosi, Owowo West et Uge-Orso d’ExxonMobil ou du projet Nsiko de Chevron.

Quel que soit leur stade d’avancement, il est très peu probable que ces projets soient sanctionnĂ©s cette annĂ©e. Les dĂ©clarations rĂ©centes d’indĂ©pendants vont dans le mĂŞme sens.

Par exemple, Woodside Energy examine actuellement toutes les options pour préserver et améliorer la valeur de son projet pétrolier offshore Sangomar au Sénégal, dont le premier pétrole était attendu en 2023.

Au-delà du pétrole, les projets de gaz naturel et de GNL sont également affectés. L’annonce par ExxonMobil qu’elle reporterait le feu vert de son projet Rovuma LNG de plusieurs milliards de dollars du Mozambique envoie des signaux inquiétants.

De mĂŞme, BP et Kosmos s’efforcent dĂ©jĂ  de reporter les dĂ©penses d’investissement de la phase 1 de Tortue 2020 pour leur projet d’unitĂ© flottante de GNL de plusieurs milliards de dollars en Mauritanie et au SĂ©nĂ©gal.

Ensemble, Rovuma LNG et Grand Tortue Ahmeyim reprĂ©sentent les plus grands espoirs de l’Afrique pour renforcer sa position en tant que nouveau centre d’exportation mondial de GNL. Retarder de tels projets aura des consĂ©quences importantes sur la croissance Ă©conomique prĂ©vue dans chacun de ces pays.

Enfin, l’impact Ă  long terme du Covid-19 se joue en ce moment, alors que les programmes d’exploration sont suspendus. Les forages tant attendus comme les plans de FAR en Gambie cette annĂ©e ont Ă©tĂ© suspendus.

D’autres projets d’acquisition sismique prĂ©vus ont Ă©galement dĂ©jĂ  Ă©tĂ© annulĂ©s, tels que ceux d’EMGS au large du SĂ©nĂ©gal et de la Mauritanie pour BP qui devait commencer ce mois-ci, ou le projet d’acquisition sismique 3D de Polarcus au large de l’Afrique de l’Ouest.

Pendant ce temps, la plupart des cycles de licences qui devaient confirmer l’Afrique en tant que frontière d’exploration mondiale cette annĂ©e ne seront probablement pas Ă  la hauteur des attentes. Le Soudan du Sud, par exemple, a dĂ©jĂ  annoncĂ© la suspension de son cycle de licences pĂ©trolières et gazières cette annĂ©e.

Alors que les nations africaines sont aux prises avec la crise provoquĂ©e par le Covid-19 et la guerre des prix de l’Opep entre l’Arabie saoudite et la Russie, les initiatives qu’elles prennent aujourd’hui dĂ©termineront l’avenir de leurs industries pĂ©trolières et gazières pour les prochaines annĂ©es.

Les entreprises locales, qu’elles soient productrices ou prestataires de services, sont en première ligne et ont besoin de tout le soutien possible pour Ă©viter de supprimer des emplois et survivre Ă  la crise. Comme l’a rĂ©cemment dĂ©clarĂ© le PDG de Shoreline Energy, Kola Karim, « lorsque les Ă©lĂ©phants se battent, ce sont les petits producteurs qui souffrent. » Soutenir ces petits producteurs et leurs sous-traitants locaux devrait ĂŞtre une prioritĂ© pour prĂ©server l’avenir et la prospĂ©ritĂ© Ă  long terme du secteur pĂ©trolier et gazier en Afrique.

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